Le projet controversé, baptisé FIFA Forward Enterprise (FFE), prévoyait la création d’une filiale contrôlant les droits commerciaux des Coupes du Monde masculine et féminine ainsi que des Coupes du Monde des clubs. La filiale était estimée à environ 20 milliards de dollars, avec l’intention de vendre des parts minoritaires à des investisseurs privés, notamment le fonds Thrive Eternal du capital-risqueur Joshua Kushner. Cette idée a suscité de vives critiques dès sa révélation en juillet par le Times de Londres et a été abandonnée rapidement. Toutefois, une bataille juridique liée au projet se poursuit aux États-Unis, tandis que cette affaire demeure un enjeu important pour Infantino, qui brigue un quatrième et dernier mandat lors de l’élection de mars prochain.
Lors de la réunion, Infantino a répondu aux questions des membres du Conseil sur le projet FFE et les a invités à soumettre d’autres questions pour une prochaine séance. La réunion a suscité des avis partagés parmi les participants. Ahmed Yahya, président de la fédération mauritanienne de football, a exprimé sa confiance en Infantino, estimant qu’une majorité des associations membres partage ce sentiment. Néanmoins, plusieurs autres se sont montrés plus réservés sur un soutien inconditionnel.
Bernd Neuendorf, président de la Fédération allemande de football, a déclaré ne pas avoir confiance en Infantino. De même, Debbie Hewitt, présidente de la Fédération anglaise, a estimé que le président de la FIFA n’avait pas été suffisamment transparent dans ses réponses. Elle a regretté notamment que les documents relatifs à FFE n’aient pas été communiqués malgré ses demandes répétées et ce, même après la réunion de jeudi.
Infantino a tenté d’apaiser certaines inquiétudes, notamment en s’engageant à constituer un groupe de travail chargé d’examiner les procédures de gouvernance. La FIFA a aussi proposé d’augmenter les fonds habituellement distribués aux 211 associations membres, pouvant atteindre 25 millions de dollars sur le prochain cycle de quatre ans. Cette mesure répond aux critiques émises notamment par l’UEFA, la Concacaf et l’AFC, qui prônent l’utilisation des réserves existantes de la FIFA pour financer davantage les projets autour du football plutôt que la création d’une structure comme FFE.
Outre le dossier FFE, Infantino fait face à des critiques liées à la gestion de la suspension du joueur Folarin Balogun lors de la Coupe du Monde. La FIFA a appliqué une règle rarement utilisée pour annuler la suspension d’un match de l’attaquant américain pour les huitièmes de finale face à la Belgique, une décision susceptible d’avoir été influencée par des pressions politiques. Cette hypothèse est renforcée par la révélation d’un appel passé par l’ancien président américain Donald Trump à Infantino pour revoir la sanction.
Suite à cette affaire, l’équipe juridique de la FIFA doit revoir les procédures disciplinaires et présentera ses conclusions lors de la prochaine réunion du Conseil en décembre. Ces événements suscitent des interrogations quant aux méthodes actuelles de gouvernance de la FIFA, en particulier après l’attribution du prix FIFA pour la paix à Donald Trump lors du tirage au sort de la Coupe du Monde l’année précédente à Washington, D.C. Le comité de responsabilité sociale de la FIFA doit évaluer la pertinence de ce prix pour cette année avant la décision finale du Conseil en décembre.
Ces choix, notamment ceux concernant le prix pour la paix et la suspension de Balogun, ont été effectués en dehors des procédures habituelles de la FIFA, alimentant ainsi les demandes de transparence des membres du Conseil. Selon Deborah Hewitt, les réponses à ces interrogations détermineront si Infantino est la personne adéquate pour présider la FIFA à l’avenir et si les individus impliqués dans le projet FFE sont dignes de confiance. Elle souligne que la réception des documents demandés est une étape clé pour envisager d’éventuelles démarches judiciaires.
Hewitt a constaté une certaine forme de regret dans les excuses d’Infantino, mais elle estime que les informations fournies restent insuffisantes pour lever toutes les inquiétudes autour de sa présidence et des décisions prises récemment.




0 commentaires