Fil infos

Interview avec le joueur marocain Reda Agourram.

Natif de Rabat, Reda Agourram vit au Canada depuis l’âge de 10 ans. Révélation du début de la saison avec l’Impact Montréal, ce solide attaquant de 20 ans est impatient de connaître la MLS avec le club québécois. Interview-découverte.

Reda, vous êtes né à Rabat au Maroc. Racontez-nous comment vous êtes arrivé au Canada ?
Ma famille avait décidé de venir s’installer au Canada. Je me souviens même de la date exacte de notre arrivée à Montréal: c’était le 18 juillet 2001. J’étais alors âgé de 10 ans. Le déménagement s’est bien passé, et je me suis vite adapté ici.

A quel moment avez-vous commencé à jouer au football ?
En fait, j’ai commencé à jouer au Maroc dès l’âge de 5 ans avec les jeunes d’une équipe professionnelle de Rabat justement. Je n’ai jamais cessé de jouer avec cette équipe jusqu’à ce que moi et ma famille arrivions au Canada. Une fois installé à Montréal, j’ai commencé à jouer dans la ligue AA pour une équipe basée à Pointe-aux-Trembles, ensuite j’ai joué à St-Donat où j’ai gagné mes deux premiers ballons d’or. Par la suite en 2008, j’ai intégré la ligue AAA en jouant avec le club Montréal Concordia ou j’ai à nouveau gagné le ballon d’or. Je n’ai arrêté de jouer au foot depuis mon enfance et ça m’a plutôt bien réussi.

Vos performances dans les ligues de foot amateur ont dû certainement contribuer à votre sélection dans l’équipe nationale canadienne des moins 20 ans. Qu’est-ce que vous en avez retiré comme expérience ?
Cette première sélection s’est très bien passée pour moi. D’abord, c’était très spécial car nous participions aux Jeux de la Francophonie qui se déroulait au Liban en 2009. Les entrainements là-bas n’étaient pas du tout comme les autres que j’ai connu dans le junior ou les ligues amateurs, alors j’ai beaucoup appris. Un autre fait marquant est que j’ai eu la chance de jouer contre la sélection marocaine, ce dont je me souviendrais toujours. (NDLR: Agourram a inscrit son premier but international lors de ce tournoi contre le Congo, score final 2-2.)

Avez-vous fraternisé avec les joueurs de la sélection marocaine des moins de 20 ans lors de ce tournoi ?
Oui, j’ai même gardé contact avec certains d’entre eux. J’étais par ailleurs impressionné par leur niveau de jeu lors de notre affrontement. Il y a beaucoup de ces joueurs qui jouent régulièrement en L2 en France ou comme réserviste en L1. J’adore d’ailleurs suivre les matchs de foot et les attaquants en Europe et ailleurs.

En tant que jeune attaquant, quels sont les joueurs modèles qui vous inspirent ou qui sont vos préférés ?
Sans aucun doute Didier Drogba actuellement, et Ronaldo le Brésilien quand j’étais plus jeune. C’est grâce à lui si j’ai commencé à jouer au football. Ces deux joueurs comme attaquants combinent vitesse et puissance comme qualités pour réussir sur le terrain, et c’est de cette façon que je veux également m’imposer comme joueur offensif. Chez les joueurs marocains, j’aime beaucoup Marouane Chamakh et le jeune Adel Taarabt qui joue pour les Queens Park Rangers et qui n’a qu’un an de plus que moi, mais que j’adore regarder jouer.

Comment avez-vous été recruté par l’Impact de Montréal ?
Après une excellente saison avec le Montréal Concordia dans la ligue AAA, j’ai reçu une invitation pour venir faire des essais avec l’Attak de Trois-Rivières, qui était le club-école de l’Impact à ce moment-là. Dès la première journée des essais, les gens de l’Attak m’ont dit que j’allais rester avec le club. J’ai joué avec eux pendant toute la saison 2009 et tout a très bien fonctionné pour moi, et aussi pour l’équipe puisque nous avons remporté le Championnat. J’ai terminé la saison meilleur buteur de la ligue avec 13 réalisations et j’ai été choisi Recrue de l’année de l’Attak et de la Ligue. A partir de là, j’ai été invité à participer à quelques entrainements avec l’Impact pendant la saison, puis j’ai été invité au camp d’entrainement de l’équipe au Portugal où j’ai très bien fait. Finalement, les dirigeants de l’Impact m’ont annoncé avant le début de la saison 2010 qu’ils allaient me garder avec eux.

« J’ai été sollicité par la sélection olympique marocaine »


Vous êtes depuis 2010 le plus jeune joueur de l’Impact. Avez-vous ressenti beaucoup de pression sur vos épaules au moment où vous avez commencé avec le onze montréalais ?
Non, je n’ai ressenti aucune pression. L’attaque de l’Impact ne reposait pas entièrement sur mes épaules à mon arrivée et les entraineurs et mes coéquipiers m’ont mis dans de bonnes dispositions pour que je me sente à l’aise et que je puisse progresser, m’intégrer, et bien performer.

Envisagez-vous de poursuivre avec l’Impact lors de son entrée dans la MLS pour la suite de votre carrière ?
Bien sûr. Nous voulons tous découvrir la MLS et comme l’Impact est le club qui fût le premier à m’avoir donné la chance de jouer au niveau professionnel, alors je veux poursuivre avec eux pour ces deux raisons-là. Mais pour l’instant, je me concentre sur la saison actuelle, bien jouer sur le terrain, et je veux surtout pouvoir continuer à travailler fort pour m’améliorer constamment. Sur le plan international, j’ai participé à un stage récemment avec l’équipe olympique canadienne des moins de 23 ans et je suis régulièrement rappelé par eux. Mais récemment, j’ai été également sollicité par la sélection olympique marocaine. Je vais donc avoir à faire un choix difficile et déchirant à faire, mais mes parents et mon coach sont de bon conseil et j’espère éventuellement que le choix que je ferai sera le meilleur possible pour ma carrière.

Y a t-il des différences notables entre le style de jeu pratiqué au Maroc et celui en Amérique ?
Oui, il y a une différence certaine. Ici on pratique davantage un style direct avec beaucoup de longs ballons, tandis qu’au Maroc, on joue beaucoup plus avec des passes courtes et plus de vitesse. C’est d’ailleurs le style de jeu que je préfère et qui ressemble à celui pratiqué par le FC Barcelone, mon équipe favorite et la meilleure au monde. C’est à ça que devrait ressembler le plus le foot selon moi, et c’est pour ça que je vous disais tantôt que j’avais été impressionné et surpris par la qualité du niveau de jeu de l’équipe nationale marocaine aux Jeux de la Francophonie en 2009; parce qu’ils avaient cette capacité de l’appliquer et de bien le faire.

Le jeu physique ne semble toutefois pas vous causer beaucoup de problèmes…
Exactement. Un joueur ne choisit jamais le style de jeu pour l’équipe. C’est à lui de s’adapter. Comme je suis à la fois rapide et fort, je n’ai aucun problème à jouer dans un style plus direct.

Quelles sont vos principales qualités comme attaquant ?
En plus de la rapidité et de la puissance, j’ai une bonne frappe de balle, de bonnes qualités techniques, et j’aime également prendre des risques offensivement. J’aime jouer comme attaquant à l’aile car il y a plus d’espace pour provoquer les défenseurs et je peux donc exploiter davantage ma vitesse. Mais je peux jouer aussi bien comme attaquant de pointe si on me le demande car j’ai la force physique pour y être tout autant à l’aise.  Je suis également méticuleux, ce qui fait que je veux toujours améliorer tous les aspects de mon jeu, même mes points forts. C’est une erreur de penser que l’on a quelque chose d’acquis quand on a un talent. On n’est jamais assez bon, et j’aime me perfectionner à tous les jours dans tout.

Que pouvez-vous nous dire sur votre compatriote et coéquipier Hicham Aâboubou ?
Je m’entends très bien avec lui, aussi bien sur le terrain qu’en dehors. On est souvent ensemble et on rit beaucoup. C’est un joueur avec beaucoup d’énergie et il est très rapide pour un défenseur en plus d’être très forts sur les ballons aériens. Dans les entrainements, j’ai de la difficulté à jouer contre lui car sa vitesse combiné à sa force physique me donne pas mal de difficultés, alors que j’aime me servir justement de ma vitesse pour déjouer un défenseur.

 

par Mathieu Lemée, à Montréal (Rédaction Football365)