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Entretien avec Aziz, Bougja, président de la Confédération africaine de rugby

Matin Sports: La CAR a octroyé puis retiré l’organisation de la Coupe d’Afrique féminine au Maroc, pourquoi cette volte-face ? 
Aziz Bougja : En effet, dès le mois de septembre 2013, un courrier a été envoyé à la FRMR proposant l’organisation de cette compétition, sous réserve que le cahier des charges soit respecté, c’était donc une proposition conditionnelle et cela est fait à ma demande. À la suite de cela, une Assemblée générale de la FRMR à Oujda au mois de novembre 2013, a fait ressortir les divisions et dissensions au sein de la famille du rugby marocain, exclusions de présidents de clubs, démissions de plusieurs membres du bureau fédéral, rapports moral et financier insuffisants (nous disposons d’une copie jointe). La lecture du rapport financier ne tient aucune description de la destination des fonds. Est-ce que cela dénote d’un quelconque respect de ses membres ? Il y a également une subvention à justifier de 5 MDH, complètement consommée à la date de décembre 2013. Il faut que vous sachiez que ni la CAR ni l’IRB n’ont à ce jour reçu ni rapport moral, ni financier depuis 2011. En termes de gouvernance, cela est inadmissible pour une institution devant rendre compte statutairement tant auprès de ses clubs que de ses institutions de tutelle (MJS, CNOM, CAR, IRB). L’absence de communication de la FRMR nous a conduits le 8 janvier 2014 à saisir le ministère de la Jeunesse et des sports, au sujet de cette organisation. Cette correspondance est restée sans réponse.
Pour résumer mon propos :
-une fédération qui connait une assemblée générale houleuse avec un rapport du représentant du ministère qui met en exergue tous ces dysfonctionnements.
-une scission importante au sein des clubs composants la FRMR
-une lettre adressée au ministère de tutelle par la CAR le 8 janvier restée sans réponse.
– une démission en cascade des membres du Bureau fédéral.
– une fédération exsangue au niveau financier.
-une lettre du ministère de tutelle à la fédération restée aussi sans réponse.
Dans ces conditions, Pensez-vous que c’est rendre service au rugby marocain, en maintenant cette manifestation au Maroc !!! 8 équipes féminines venant de tout le continent, comment aurions nous transporté, logé, et enfin organiser un tel événement ? L’image de notre pays aurait pris un coup certain. La CAR a très justement pensé qu’il était raisonnable de reporter à une autre année cette organisation au Maroc.

Est-ce qu’effectivement la CAR a interdit au Maroc de participer à la Coupe d’Afrique féminine ?
La CAR n’a pas à interdire, il revient aux pays de se qualifier à travers des évaluations et des objectifs. Les équipes participantes à cette compétition le sont sur les performances accomplies durant les compétitions.
Le Maroc a été retenu, car il est «Pays organisateur» Dans la mesure où il ne l’est plus «Pays organisateur», la direction technique n’a plus de raison de le retenir sauf s’il performe sur le plan interne par les compétitions nationales (pour la plupart annulées cette année, voir la lettre de l’USO). Et lorsqu’il participe aux compétitions organisées par la CAR et de l’IRB qu’il performe.

Vos détracteurs vous reprochent de ne pas servir les intérêts du Maroc alors que vous occupez le poste du président de la CAR au point même de supprimer la subvention qu’octroie la CAR à la FRMR ?
C’est une manière de se déchausser sur moi comme bouc émissaire, lorsqu’on sait qu’on n’y arrivera pas, mais ces dénigrements ne résistent pas à la réalité. Ne dit-on pas «aide toi, le ciel d’aidera» ?

En tant qu’ancien président de la FRMR, que reprochez exactement à ce bureau fédéral qui est en place il y a à peine deux ans ?
Je ne parlerai pas de personnes ou de groupe de personnes, il s’agit de la manière dont fonctionne la fédération qui pose problème. Il y a certainement un déficit de compétence, d’expérience, on peut se poser la question de savoir combien parmi ces membres actuels ont pratiqué le rugby ? Et combien adhèrent aux valeurs que véhicule le rugby, sur le plan de la vision, de l’organisation, je vous propose de les interroger.
J’ai de l’ambition pour mon pays et j’ai mal au cœur de voir ce qui s’y passe, de par son essence universitaire, tout le capital engrangé depuis des années a été détruit, je vous propose de vous énumérer nos résultats récents. En séniors, l’équipe nationale joue en 3e division africaine actuellement alors que le Maroc A a été champion d’Afrique à deux reprises, a été classé numéro 2 après l’Afrique du Sud, en 2002 classé 17e mondial, nous sommes aujourd’hui à la 35e place (voir classement IRB). En juniors nous faisons partie de la 2e division actuellement alors que nous étions souvent le représentant de l’Afrique pour les compétitions mondiales.
Au rugby à sept, nous avons été la 1re fédération à représenter l’Afrique en Coupe du monde à Hong Kong en 1997, avons-nous depuis participé ? Au rugby féminin que faisons-nous ? Pas grand-chose.

Pourquoi ce déchirement au sein de la famille du rugby se poursuit-il depuis plusieurs années ?
La famille se doit d’être rassemblée autour d’un leadership, respecté, compétent, rassembleur, visionnaire et surtout travaillant pour la communauté.

Ne s’agit-il pas ni plus ni moins d’un problème d’ego ?
Le rugby se joue en équipe, où l’égo n’a pas sa place, le rugby est un vecteur de partage, d’échange, de promotion, de respect et enfin d’éducation, l’esprit rugby n’a pas son semblable dans d’autres disciplines.

Lematin