Haddioui:«Grâce au golf, j’ai appris à me connaître et à dépasser mes limites»

Auteure d’une année 2016 exceptionnelle, avec à la clé une 44e place au classement des Ladies European Tour et une première qualification aux Jeux olympiques, Maha Haddioui a tout simplement vécu sa meilleure année sur le circuit depuis son passage au statut professionnel. Actuellement aux États-Unis, où elle se prépare pour le World Ladies Championship prévu le 12 mars dans la ville de Haikou en Chine, la native d’Agadir est revenue, dans cet entretien avec «Le Matin», sur sa progression, sur ce que le golf lui a apporté, sur ses relations avec les autres joueuses du circuit européen, mais aussi sur ses projets.

Le Matin : Vous avez terminé l’année 2016 à la 44e place du Ladies European Tour, qu’est-ce que vous ressentez à l’idée de ne pas repasser par les qualificatifs pour gagner votre carte pour la saison 2017 sur le LET ?
Maha Haddioui : C’est déjà un soulagement. J’ai beaucoup travaillé dans ce sens-là et mon jeu a beaucoup évolué. C’est un soulagement, mais j’ai aussi l’impression que c’est normal parce que je me suis beaucoup dépensée. Je peux dire que c’est ma place naturelle.

Il y a deux ans, vous m’aviez dit que vous alliez améliorer votre putting, est-ce que le fait d’avoir travaillé cet aspect de votre jeu explique votre montée en puissance et le fait d’être devenue l’une des meilleures joueuses du circuit ?
Au niveau du putting, je pense que j’ai une meilleure habileté à m’adapter à chaque parcours. Le golf est un sport très mental et encore plus au niveau du putting. C’est vraiment dans cet aspect du jeu que la confiance joue le plus grand rôle. J’ai beaucoup travaillé mentalement cette année. Je pense que c’est ça la différence entre l’année 2016 et les autres années. J’ai vraiment travaillé au maximum là-dessus, que ce soit au putting ou dans le grand jeu. C’est finalement ce travail mental qui m’a beaucoup aidée.

Vous venez de parler de travail mental, comment gérez-vous le stress avant d’entamer chaque tournoi ?
C’est difficile à expliquer, mais pour résumer je dirais que je ne pratique plus la politique de l’autruche. Je pense que très souvent on a tendance à se dire : je n’ai pas peur et je n’ai pas de pression. En fait, ça ne marche pas comme ça. Il faut être capable de se dire : oui, je ressens de la pression, oui, c’est normal. Le simple fait de se rendre compte de cette pression et de l’accepter rend finalement sa gestion facile. L’ignorer ne fait qu’empirer les choses.

Quel est votre premier geste le matin avant de commencer un tournoi ?
Mon premier geste est de prendre quelques minutes pour travailler ma respiration. J’avais tendance avant à me résigner, à me préparer assez rapidement. Là, je prends une petite minute pour travailler ma respiration et pour me mettre dans un état d’esprit plus calme.

Vous êtes la première golfeuse marocaine à disputer les Jeux olympiques, qu’est-ce qui vous reste de cette expérience olympique ?
Sur le coup, ça a été une semaine très difficile. Avec le recul, ce qui en ressort, c’est que j’ai gagné beaucoup en expérience et j’ai aussi appris beaucoup sur moi-même et surtout sur la manière de gérer la pression. Ce qui m’en reste, c’est que le sens dans lequel je veux désormais travailler est beaucoup plus athlétique, parce que le golf fait partie des JO. C’est une démarche athlétique et très organisée.

Il faut donc une certaine aptitude physique pour évoluer dans ce sport ?
Exactement, la condition physique joue un rôle primordial, pour envoyer la balle plus loin et surtout pour pouvoir enchaîner beaucoup de voyages et beaucoup de semaines de suite.

Qu’est-ce que ce sport a changé dans votre vie ?
Énormément de choses. Déjà, grâce au golf, j’ai appris à me connaître, à dépasser mes limites, à être indulgente avec moi-même quand il le faut, et aussi à être dure quand il le faut. Le golf m’a également fait découvrir le monde de manière différente.
Et je pense que c’est vraiment quelque chose d’exceptionnel de pouvoir voyager à travers la planète, de voir énormément de pays et de côtoyer aussi des golfeuses de tous les horizons. Je pense que c’est quelque chose qui ouvre vraiment l’esprit.

En dehors du golf, quels sont vos hobbies ?
J’aime beaucoup les chiens et les animaux en général. J’en ai cinq à la maison. Quand je suis chez moi, je passe beaucoup de temps à m’en occuper, sinon j’aime aussi le karting.

Quelles sont vos meilleures amies sur le circuit du Ladies European Tour ?
Sur le LET, j’ai quelques amies françaises et j’ai de très bonnes amies sud-africaines.

Des noms ?
Il y a la Sud-Africaine Nicole Garcia, il y a mon amie Indienne Nicolet Sharmela. C’est l’une de mes meilleures amies sur le circuit et même en dehors du circuit. On s’appelle tout le temps.

Avez-vous le souvenir d’un tournoi en particulier durant vos débuts ?
Je dirais le championnat du Maroc. J’étais la seule fille à y jouer. J’avais gagné contre les garçons. C’était un championnat qui m’avait vraiment marqué.

Comment se déroule le début de saison 2017 ?
Je n’ai pas encore fait le moindre tournoi cette année. Actuellement, je m’entraîne. Il y a eu un tournoi en Australie, mais je n’y suis pas allée parce que c’est beaucoup trop loin. Mon premier tournoi sera en Chine, le 12 mars et ce sera dans la ville de Haikou, c’est le World Ladies Championship. Après, je joue à Terre Blanche Ladies Open en France et ensuite la Coupe Lalla Meryem à Rabat.

À part vous, il n’y a pratiquement pas d’autres joueuses qui émergent. Êtes-vous quand même optimiste pour la relève ?
Je suis très optimiste pour plusieurs raisons.
D’abord, parce qu’il faut l’être et ensuite parce que la Fédération royale marocaine de golf fait beaucoup pour les jeunes golfeurs. Je pense qu’une très bonne dynamique a été enclenchée au niveau de la formation.

Oui, mais qu’en est-il des golfeuses féminines ?
Les filles aussi sont concernées. Il n’y aura pas une golfeuse tout de suite sur le LET, mais il y a un grand travail qui se fait. Si vous m’aviez posé la question il y a trois ans, j’aurais été un peu sceptique, mais aujourd’hui, il y a de jeunes joueuses qui sont très bien encadrées par la Fédération.

Comment vous voyez-vous dans 15 ou 20 ans, après votre carrière en golf ?
Je sais que j’aimerais aider plus de gens autour de moi. Je serai très engagée dans ce qui est associatif. Je pense aussi qu’il y a beaucoup à faire au niveau du golf, mais je ne sais pas encore dans quel volet. En tout cas, je compte rester dans le milieu du golf.

Quel est le tournoi que vous aimeriez gagner ?
La Coupe Lalla Meryem.

Lematin.ma